Couacs
Un : je m’occupe des banques. Deux : je m’occuperai des entreprises. Trois : je penserai bien sûr aux salariés. Réglée comme du papier
à musique, la partition entonnée par le chef de l’État
a bien du mal à dépasser le premier temps, arrivant péniblement au deuxième et oubliant sans vergogne
le troisième. Il est vrai que le rythme de sa politique s’emballe telle une valse à mille temps dès lors qu’il s’agit de satisfaire, préserver, amplifier les appétits de la fortune. L’inauguration de son septennat avait donné le la avec
le bouclier fiscal. La crise économique et financière révèle une détermination inégalée à garder le cap du choix
de classe. Dès lors qu’il s’agirait de satisfaire à une logique de réponse aux besoins sociaux, « les caisses sont vides », comme le claironnait le premier violon de Matignon. Lorsqu’il s’agit de sauver les marchés financiers jamais repus par l’accaparement de la richesse produite,
les vannes s’ouvrent, la valse à mille temps des milliards s’emballe. Et comme cela ne suffit pas, le rythme
des « réformes » s’accélère, révélant le vrai visage de
la politique entamée depuis le retour de la droite
au pouvoir en 2002, accélérée depuis la dernière élection présidentielle et qui devrait passer à la vitesse supérieure du fait
des ravages qu’entraîne pour le pays et la grande part de ceux qui y vivent
le « tout pour
les actionnaires » chanté
sur l’air des lampions.
Cette vérité-là dérange en haut lieu, et encore plus qu’elle se fraye un chemin dans les consciences, entre les conséquences subies, leurs causes profondes et leurs responsables.
L’usage de la grosse caisse médiatique ne couvre pas
les couacs. Combien de milliards pour sauver Dexia,
dont les choix financiers plombent les collectivités locales ? Pourquoi et pour qui lancer la privatisation rampante de La Poste ? Ce sont là des questions
qui commencent à se poser. Jusque dans le poste
de télévision, ce samedi soir, où l’on peut entendre
un urgentiste, Patrick Pelloux, poser la question suivante : pourquoi ne demande-t-on pas de comptes aux fonds
de pension américains qui rachètent les cliniques privées
à tour de bras, pompent leurs bénéfices payés en partie par la Sécu et ajoutent aux mécanismes de la crise financière ? On ajoutera : pourquoi et pour qui lancer
à toute force la loi Bachelot sur l’hôpital public qui va étendre la mainmise du privé et organiser le rationnement des soins, le tri des malades et l’inégalité de traitement
sur tout le territoire ? Ils étaient quelques centaines
à s’interroger samedi encore, du côté de Quimper.
Que les intéressés commencent à établir ce genre
de relation fait peur à un pouvoir qui se cabre.
Que ceux qui sont à la fois les créateurs des richesses
du pays comme ceux à qui, en définitive, l’on demande
de payer la crise du système capitaliste au prix
de leur emploi supprimé, de leurs revenus amputés,
de leurs droits bafoués relèvent la tête a toujours fait peur au pouvoir en place.
Il a suffi que les jeunes des lycées généraux et professionnels descendent à plus de 150 000 dans la rue jeudi pour faire baisser d’un ton l’arrogance du ministre de l’Éducation. Exécuteur zélé des directives
de suppressions de postes publics par milliers, quand
le pays aurait besoin de les conserver et d’en créer,
il se pose maintenant en « ministre de l’Explication nationale ». « Le climat social se tend, les jeunes sont inquiets, ils entendent parler de mouvements ailleurs
et deviennent de plus en plus rétifs au changement », a-t-il déclaré. Cela commence bien… « L’explication nationale » a déjà commencé. Dans la rue. Les jeunes y redescendront le 8 janvier, les enseignants quelques jours plus tard
et les salariés y sont appelés pour le 29 janvier. On pariait
en haut lieu sur l’effet massue de la crise, on escompte
sur la fatalité, on spécule sur la majorité aux ordres qui,
au Parlement, vote à tour de bras… Même là la machine connaît quelques ratés. Curieux pays, la France.
La secrétaire nationale PCf Marie-George
Buffet
